Centre d'Orientation pour Etudiants Arméniens - COPEA
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Vartan Ayguéktsi VERSUS Jean de la Fontaine

Extrait de la chronique proposée par Alexandra Palouyan le dans l'émission "La Parenthèse de COPEA" sur AYP.FM (99.5) le 17.05.14

 

 

Nous découvrons chez le fabuliste arménien Vartan Ayguéktsi et notre homologue français Jean De la Fontaine de vrai similitudes et corrélations dans le style et la morale de ces deux fables dont la première date du 12ème siècle après J.C. et la seconde du 17ième siècle (1668), soit 5 siècles d'écarts. Jugez-en plutôt par vous-même... 

 

 

Vartan Ayguéktsi

LA CORNEILLE ET LE RENARD

 

Une corneille qui se mourait de faim,
s’en alla voler un peu de fromage chez un laboureur ; 

quand elle l’eut pris, elle alla se placer sur un rocher

très élevé pour le manger.
Un renard se trouvait au pied de ce rocher ;
il vit la corneille et le fromage dans son bec ;
il commença alors à louer la corneille en lui disant :
Gloire au Dieu vivant, d’où vient l’éclat de se soleil ? Qu’il est beau !
Sa personne est pure et semblable à la lune, ses plumes brillent comme des astres.
Si je savais quelle est la force de sa voix je le sacrerai roi de l’univers.
La corneille perdit alors la tête, elle s’enfla d’orgueil

à cause de ces fausses louanges,
elle oublia le fromage, se disant en elle même :

Je suis belle et ma voix est forte.
Elle se mit à étendre ses ailes et à élever la voix,
laissant échapper de son bec le fromage qui tomba devant le renard.
Qu’elle belle voix ! lui dit le renard ;
vous avez toutes les qualités requises pour la royauté ;
mais vous n’avez pas de jugement,

et si vous n’avez pu garder un morceau de fromage,
comment pourriez-vous conserver un royaume !

 

Traduction en arménien issue du livre "Deux fabulistes arméniens du moyen âge : Mikhitar goch et Vartan Ayguéktsi. Édition Nahapet, Erevan 2006 »

 

Jean de la Fontaine

LE CORBDEAU ET LE RENARD

 

Maître corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître renard par l'odeur alléché ,
Lui tint à peu près ce langage :
«Et bonjour Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli! que vous me semblez beau!
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois»
A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec laisse tomber sa proie.
Le renard s'en saisit et dit: "Mon bon Monsieur,

Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute:
Cette leçon vaut bien un fromage sans doute."
Le corbeau honteux et confus
Jura mais un peu tard , qu'on ne l'y prendrait plus.

 

 

Bien entendu le style de M. delà fontaine est sans équivoque et éloigne toute dimension religieuse. Mais vous admettrez que c’est intéressant.

 

 

Qui était Vartan Ayguéktsi ?


Il est né entre 1115 et 1160 en Syrie où vivait une forte communauté arménienne. Il fit de brillantes études dans le célèbre monastère d’Arkakagni en Cilicie. Il étonnera ses maîtres pour ses prédispositions pour l’art oratoire. Il deviendra vardapet et se consacrera à l’activité de prédicateur. 


Il est le premier à utiliser la fable dans les homélies (messes). 
Les fables de Vartan nous sont parvenu par d’innombrables recueils manuscrits qui souvent ont été diffusés sous le titre « livre du renard, Agvessaguirk » 


C’est en 1825 que la société asiatique de Paris publira les fables de Vartan en arménien et en français et traduit par l’orientaliste et arméniste français Jean Antoine Saint-Martin qui avait à l’époque traduit ces textes pour je cite : «  aider les personnes qui désiraient se livrer à l’étude de la langue arménienne classique ayant besoin d’ouvrages et de textes originaux ».

 

 

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